Méthodologies

Définition

« La terrariophilie consiste à maintenir, voire à faire se reproduire, certaines espèces animales et/ou végétales en imitant leur biotope dans un milieu confiné, le terrarium. Elle présente en ce sens de grandes similitudes avec l’aquariophilie. » — Wikipédia —

 

Explications globales

En ce sens, et respectant la définition, dès le moment où un ou plusieurs serpents sont maintenus dans un milieu confiné est de la terrariophilie. N’en déplaisent à ceux qui, comme moi, sont contre les RAC (sortes de tiroir à chaussette dans lequel on maintient son animal). Excepté si vous avez des moyens financiers illimités, il est de l’ordre de la quasi-impossibilité de reproduire à 100% le biotope de l’espèce maintenue. Rien que la gestion de la luminosité ou de l’humidité (par exemple, saison sèche, saison des pluies) représente en soi un défi conséquent. Pour bien faire, il faudrait pour la gestion de la saison des pluies, relié le système de brumisation à un (micro-)ordinateur qui calcule en temps réel les litres/heure tombées dans le(s) pays d’origine(s) et adapté au volume du terrarium. À ce stade, et en admettant qu’il pleuve beaucoup, il faudrait un système d’évacuation de l’eau, etc. Il est également quasi impossible de pouvoir créer une saison sèche entendez par là, la terre qui sèche et se craquèle sous l’effet ardent du soleil.

Il faut l’admettre tout de suite, la terrariophilie est une passion égoïste. On ne peut pas réellement faire juste, il faudra alors chercher à faire le moins faux possible et cela dépend bien évidemment des critères de maintiens propres à chaque éleveur.

D’une manière générale, le terrariophile se contentera d’essayer d’imiter au mieux l’hygrométrie et la température, parfois respectant des saisons sèches ou de pluie, souvent dans le cadre de préparer les reproductions. Quant à la luminosité, elle varie généralement entre la lumière naturelle et un éclairage artificiel programmé en 12/12 bien qu’avec l’avènement des LEDs, certains éleveurs tentent de « reproduire » une aube et un crépuscule. Cette idée reste malgré tout encore coûteuse.

Les méthodologies pour arriver à respecter ces paramètres sont multiples. On ne peut admettre qu’une méthode soit juste. Par exemple, on explique volontiers à qui veut bien l’entendre que depuis quelques années, la chaleur vient du soleil et que par conséquent il faut faire venir cette dernière depuis le haut du terrarium (lampe chauffante, plafond chauffant, etc.). Il y a quelques décennies encore, on racontait que si effectivement la chaleur vient du ciel, c’est au final le sol « qui chauffe » donc un tapis ou un câble chauffant était mieux vu.

Au final, et comme tout débat, il y a du bon et du moins bon des deux côtés et c’est à l’éleveur d’expérimenter la méthode qui lui convient le mieux dans le respect de sa bête.

La manière dont l’humidité et la température vont être maintenues va également dépendre d’un critère important: le terrarium. Il en existe des « professionnels » (un indépendant ayant de l’expérience dans la fabrication et/ ou le maintien), de marque et les fait maison. La quantité de matériaux disponibles s’est considérablement élargie: le plastique, le verre, le bois, et depuis quelque temps le forex PVC et l’inox.

À nouveau, chacun de ces matériaux présente des propriétés différentes et c’est à l’éleveur de choisir celui qui lui convient le mieux dans le respect de l’animal et de son budget. Le choix du terrarium influencera « simplement » mais logiquement les éléments complémentaires à l’obtention des paramètres souhaités.

Bien que je prône volontiers qu’un terrarium doit contenir dans la limite du possible le biotope naturel de l’animal maintenu, je pense qu’il convient d’informer que cela n’est pas toujours un gage de sécurité de la santé dudit animal. Je prends en effet pour un exemple un ami (il se reconnaîtra s’il lit ces quelques lignes) qui maintient une espèce tropicale avec ce que l’on appelle la « méthode sèche » qui consiste, grosso modo, à ne pas humidifier le terrarium alors que moi, je me suis retrouvé avec un serpent malade probablement dû à une mauvaise circulation de l’air, tandis que je cherchais à reproduire le biotope « à la perfection ». Ceci illustre parfaitement ô combien il existe différentes méthodes « pas trop fausses » pour maintenir un animal en bonne santé en terrariophilie.

En Suisse, il existe une règle assez simple concernant les dimensions du terrarium: la longueur de l’espèce = la longueur du terrarium
la moitié de la longueur = la largeur
la moitié de la longueur = la hauteur (espèces fouisseuses ou terrestres)

les trois quarts de la longueur = la hauteur (espèces arboricole, semi-arboricole)

l’individu adulte fait 100cm, le terrarium fera donc:
100x50x50 cm (espèces fouisseuses ou terrestres)
100x50x75 cm (espèces arboricoles, semi-arboricoles)

Cette règle est également valable pour un couple, à partir du trio on augmente, mais ce genre de cas reste rare. Il est possible de « tricher » un peu sur la longueur en rajoutant des sortes de plateaux en hauteur. Bien que je ne trouve pas cela utile, il permet une petite marge de manoeuvre notamment pour les grandes espèces ou les petits budgets.

Le choix du terrarium est à la charge du soigneur. Certains ne regarderont que les terrariums en verre, d’autres que des terrariums de marques. Pour ma part, j’encourage à éviter les racs. Déjà par le fait qu’on ne voit pas l’individu évoluer. D’une autre part, parce que je considère que la terrariophilie n’est pas que le fait de reproduire un biotope dans un milieu confiné, mais également de reproduire les comportements de l’espèce maintenue au mieux. D’autre part, on apprécie moins une bête qu’on ne voit pas.

À ce stade certains éleveurs avanceront volontiers que telle ou telle espèce est fouisseuse ou vit dans des terriers. C’est vrai, il en existe même une quantité. Mais si on observe leurs environnements (voir plus loin), et par conséquent le biotope ces espèces ont une vie nocturne soutenue (pas toutes, ou pas à ma connaissance) et on se doit de leur offrir ce « petit terrain » de chasse (y compris pour les espèces qui chassent à l’affût).

Les RACs restent tout de même un bon compromis pour le maintien des espèces juvéniles, des individus mis en quarantaines, des espèces qui peinent à se nourrir (mais uniquement lorsqu’il faut les nourrir) des gens pressés ou des petits budgets.

Bien entendue, une personne qui maintient ses reptiles qu’en RACs n’est pas forcément un mauvais éleveur. Il ne correspond tout simplement pas, et sans jugement aucun, à mon idéologie de la terrariophilie de loisirs.

Les éléments du terrarium

Ils seront bien entendus adaptés à l’animal en question. Certaines fermes d’élevage possèdent des RACs avec un peu de sphaigne ou d’éclat de maïs comme substrat. Que l’animal soit arboricole, terrestre ou fouisseur, la taille de son espace ne dépassera pas 15 à 30cm de haut. Mais ceci reste spécifique à ces endroits et n’entre que très rarement en ligne de compte dans le cadre de la terrariophilie de loisirs. Cela dit, certains amateurs ont fait de mauvaises expériences avec des espèces arboricoles en RAC, ces derniers se blessant le maxillaire dû aux frottements répétitifs sur la paroie supérieure.

Quand l’éleveur décide d’en apporter un, ce qui représente la majorité des cas, un terrarium est construit avec un système d’éclairage et un système de chauffage. À cela vient s’ajouter le substrat. Pour la majorité des espèces, de la tourbe est largement appréciée. Y compris pour certaines espèces évoluant en milieu aride (pour qui on peut y rajouter de l’argile par exemple, il existe autant de méthodes que d’éleveurs).

Le système d’éclairage pouvant aussi servir de système de chauffage, il faudra naturellement faire attention à deux points: que ça ne chauffe pas trop, et que ça n’assèche pas l’air risquant de provoquer des difficultés respiratoires. Dans un terrarium il doit y avoir un point chaud et un point froid. Pour régler cela, et fort des informations qui seront données plus bas, prenez le point chaud de la carte, et le point froid, et faites-en un gradient thermique. Il faudra par contre gérer cela intelligemment. En effet, si on peut voir sur une carte (admettons le désert de Mojave) il peut y avoir des températures allant de 45°C ou plus à 14-16°C ou moins (3°C la nuit parfois). avec des zones fraîches à 28°C. Si vous faites un point chaud à 45°C il y a peut de chances que vous arriviez à avoir un point froid à 28°C. Par ailleurs, les études relèvent: si on prend des habitants de ce même désert, tel que le Crotalus cerastes, ils ne sont visibles que jusqu’à 30°C et rarement visible en dessous de 24-25°C. Dépasser ce gradient mettrait donc la bête en phase de léthargie ou de suffocation.

D’ailleurs, et en parlant de cette espèce, à 38-39°C, ils commencent à avoir des paralysies caudales. Cet exemple est valable pour toutes les espèces. Vous pouvez bien sûr avoir un point à 35°C, mais celui-ci ne devrait pas dépasser, selon une taille adaptée du terrarium, 3 ou 4 cm de diamètre. Car au 6-7ème cm, il fait « déjà plus que » 30°C. Vous verrez cependant que les fois ou vos reptiles vont sous ce point précis seront très rares voir inexistants. J’aime prendre l’exemple du sable pour expliquer cela: sur le sable vous vous brûlez les pieds, à 2cm sous la surface la température est agréable, à 5cm il y fait frais, à 10 vous aurez froid aux pieds.

Si on prend l’exemple des Python régius, Bien sûr qu’ils vivent dans des pays chauds. Mais la journée, quand les températures dépassent les 30°C, ils sont dans des terriers, et ne sortiront qu’au crépuscule pour se réchauffer un peu avant la chasse nocturne et retourneront au frais, dans le terrier, à environ 24-25°C le reste de la journée. Placé un spot à 32°C est donc inutile, plus est dangereux. D’autant plus que si on essaie effectivement de recréer un biotope, il ne faut pas oublier que l’espace est confiné. Le problème qui survient sera plus important dans le terrarium que dans la nature. Si vous prenez un verre d’eau et une baignoire remplie, que vous y versez la même quantité de sirop, le verre d’eau sera plus coloré que la baignoire. C’est le même principe pour la terrariophilie et les paramètres de chauffages.

La grande majorité des éleveurs s’attarderont sur les éléments de décorations. D’une manière strictement minimaliste, il convient de rajouter au moins 1 cachette au point chaud, et une au point froid. La raison principale étant que les périodes de mues et de digestions sont des moments de « sensibilité » de l’animal. Durant la mue, l’animal perd de sa vision et se sent vulnérable. Il peut également être nécessaire d’ajouter un point d’eau, au point froid. Certains éleveurs le mettent au point chaud augmentant ainsi « naturellement » l’humidité, mais favorisant de ce fait également la propagation de bactéries. Cette eau n’est naturellement pas nécessaire à chaque animal. Certaines espèces arides se « contenteront » de boire 1x par semaine pendant les 24h où vous mettez un bol d’eau. D’autres espèces ne se réhydrateront que pendant la vaporisation en buvant les gouttelettes sur leurs corps, les éléments du décor et les vitres. C’est au soigneur d’observer et d’apprendre à connaître sa bête, ses besoins, ses habitudes, son comportement, etc.

Beaucoup d’éleveurs chercheront à égayer le terrarium avec plus ou moins de conviction. À ce stade, il existe des produits « spécialisés » vendus en magasin spécialisé. Ces produits sont souvent onéreux mais ont l’avantage d’être réutilisables quasi à vie.

Il existe deux autres solutions: utiliser de vrais éléments (du vrai gravier, des vraies branches, du vrai bois, des vrais pierre, de la vraie mousse, etc.) ou détourner des objets souvent bien moins cher. Des petites assiettes que l’on place sous les pots de plantes (à l’envers), ou les pots de plantes eux-mêmes peuvent servir de cachettes. Les vaporisateurs vendus en jardinerie coûtent souvent 3 à 4x moins cher. des tupperwares peuvent également servir de cachette, mais également de bac d’eau, de « zone d’humidité » dans des terrariums arides de lieu de ponte, etc. On peut également y mettre de vrai plantes (on parle alors de terrarium planté) apportant naturellement de l’humidité et des couleurs aux terrariums. Chacune de ces méthodes représente naturellement de nombreux avantages mais également quelques inconvénients.

Le choix du serpent

Je pense que chaque débutant cherche la même chose: un serpent docile, facile à manipuler et tolérant aux erreurs de maintien du biotope. Lorsque j’ai commencé la terrariophilie, on était encouragé à apprendre les bases avec Pantherophis guttatus, le fameux « serpents des blés » aussi nommé « serpent du débutant ». Ensuite, on passait presque logiquement au Python régius, le python royal, avant de se diversifier dans les espèces.

Depuis quelque temps, on remarque que les novices se renseignent sur quels serpents adoptés en premier…pour ne pas le prendre.
Il passe alors, dans le meilleur des cas directement sur le Python régius pour ces quelque 5200 phases, son caractère « docile » (tandis qu’il est très craintif), etc. Dans le « moins bon » des cas, ils prennent des espèces avec un plus fort tempérament, n’arrivant alors pas à dépasser la crainte qu’ils ont des serpents et abandonnant la terrariophilie.

En réalité il n’y a pas de honte à être novice. Il n’y a pas de honte à avoir une appréhension à l’égard des serpents, et effectivement cela ne signifie pas qu’il faille absolument commencer par P. guttatus ou P. régius. Mais il convient de démarrer tranquillement pour aller plus loin. D’autres espèces de couleuvres telle que les Lampropeltis (pas toutes) ou les Boaedon représentent également de bon choix.

Démarrer avec des espèces juvéniles est à mon sens un excellent point de départ car les mues sont fréquentes, permettant de comprendre leurs processus, la taille des proies devra être adaptée à la croissance de l’animal, etc. Par contre, ils peuvent être un peu plus fragiles. Il est également préférable de commencer ses premières expériences avec des serpents démarrés. Surtout lorsqu’on est novice.

N’ayez pas peur de vous « tromper » d’espèce. Parfois, on s’intéresse à une espèce, on se renseigne, elle semble parfaite et au final, on peut en obtenir un individu. On se rend alors compte que l’espèce nous convient pas: mode de vie, comportement, moeurs, fréquence de nourrissage, coloration.

N’ayez pas peur de la revendre ou l’échanger pour d’autres espèces, dans le respect des lois en vigueur dans votre pays.

Certains diront peut-être de vous que vous ne faites que d’acheter et vendre mais c’est d’une part probablement également leurs cas. d’une autre part, il existe plus de 3500 espèces, moins de 1500 sont venimeuses, ça vous laisse potentiellement 2000 espèces à découvrir avant d’éventuellement vous intéresser aux venimeux. Pour ma part, dans le domaine des non venimeux, j’aime les grandes couleuvres asiatiques, souvent au tempérament bien trempé, mais également quelques boas d’Amazonie (Corallus hortulanus) souvent bien plus grand qu’1m50. Quant au venimeux, je n’aime pratiquement « que » les fers de lance asiatique (Trimeresurus sp) et 2-3 espèces du reste du globe, mais quasiment aucune de ces espèces ne dépasse 80-100cm (ce qui ne présente en rien un ratio avec la dangerosité ou la difficulté de maintien et de manipulation).

Les mutations offrent un large choix de motifs et coloris au sein d’une même espèce. Pour ceux qui s’intéressent à la génétique c’est une vraie merveille, offrant des possibilités infinies. Pour d’autres c’est un réel problème de mentalité, et d’éthique. Pour ma part, je pense qu’il n’y a pas de secret et que dans la terrariophilie, on affaiblit obligatoirement une espèce. Au-delà de ça, je trouve dommage que les éleveurs se limitent à 1 ou 2 espèces sur les 2’000 potentiellement disponibles. De plus, beaucoup cherchent à reproduire le « rare » ou avoir la « première mondiale » qui plus est, n’est parfois ni recherchée, ni appréciée.

Les défenseurs des mutations diront volontiers qu’il existe naturellement une sélection des individus: chaque personne cherchant à posséder « la plus belle bête », avec la plus belle couleur et les plus beaux motif, qui semblent résistantes. Cette sélection se fait également dans la nature et me choque de ce fait beaucoup moins.

Pour résumé, prenez le temps de démarrer et d’apprendre par la pratique des gestes simples mais « sécurisés ». Il vaut mieux faire juste et apprendre le bon réflexe sur un serpent qui mort pas ou que très rarement que faire faux par manque d’expérience sur un qui « agrafe » facilement.

Les serpents ne ressentent que 3 émotions primaires: la surprise, la peur et la colère. Ils ne ressentent aucune émotion de joie, de tristesse, de dégoût etc. Le fait qu’un serpent s’approche de la porte pour « observer » ce que vous faites ne relève en rien d’une quelconque curiosité liée à votre égard, ni d’aucune envie ou besoin de faire votre connaissance. Ils ont un odorat extrêmement développé. Par conséquent, ils savent quand vous allez les nourrir « uniquement » parce que vous sortez les proies, manipuler le matériel à cet effet, etc.

Tapoter à l’entrée du terrarium, à son opposé, ne sert également à rien. Au mieux, vous le réveillez et enlevé la probabilité qu’il soit surpris par votre main venant le sortir du terrarium si cela est votre méthode de nourrissage.

Il faut vous y faire, c’est un amour à sens unique.

Le nourrissage se fait également de différentes manières selon les habitudes des éleveurs. Certains nourriront tous les 10jours, c’est souvent ce qui est conseillé au débutant. D’autres le font une fois par mois mais tant que le serpent veut, ils redonnent. D’autres c’est 2 souris toutes les 2 semaines. Personnellement, je nourris de 1 à 2 souris selon les individus uniquement quand je commence à percevoir des signes de chasses (position d’embuscade pour les chasses à l’affût, balade « inhabituelle » ou « différente » dans le terrarium) et je nourris à l’intérieur du terrarium les individus qui s’y trouvent. Je vaporise après bien que cela ne soit pas nécessaire histoire de les abreuver plus que d’enlever l’odeur des proies ingurgitées. Cette étape serait, je pense, et par expérience, tout de même à réaliser dans le cadre de cohabitation d’espèces ophiophages (qui mange les serpents). D’une manière générale, et pour les espèces conseillées aux novices, une à deux souris de maximum 1,5x la partie la plus épaisse du corps est amplement suffisante. Selon les espèces plus tard, il faudra donner plus petit, ou plus gros. mais à ce stade le novice qui lit ses lignes auras déjà dépassé les questions principales de base. :).

La cohabitation est un sujet sensible et nécessite d’avoir au préalable quelques connaissances. En France, la plupart des éleveurs feront « 1 bête = 1 terrarium », en Suisse on met facilement plusieurs individus dans le même terrarium. Certains éleveurs, s’il n’y a aucune reproduction possible (stade juvénile) mettront même les juvéniles d’une même famille ensemble. Par la suite, on aura tendance à limiter le terrarium à l’espèce désirée. D’une manière générale, il convient de ne pas mélanger proies et prédateurs potentiels. Par conséquent, on évitera de mettre des serpents ophiophages avec d’autres serpents servant « naturellement » de nourriture. Au même titre, il convient de ne pas mélanger serpent et lézard. Ces derniers étant généralement des proies.

Généralement, car ce n’est pas une vérité absolue. Certaines espèces, telles que Opheodrys ou Dasypeltis sont respectivement des insectivores et des gobeurs d’oeufs. La cohabitation est donc possible avec des lézards ou des Dendrobates (Dendrobatidae). J’ai d’ailleurs maintenu avec succès un couple d’Opheodrys avec un trio de Ranitomeya (Dendrobatidae) pendant 2 ans. Bien entendu, il faut s’assurer que le biotope sera le même afin de ne pas provoquer de problème voire de décès à l’une ou l’autre des espèces. Idéalement, et si vous voulez faire de la cohabitation (mais je le déconseille dans un premier temps), mélangez des espèces non hybridables, aux moeurs différentes (terrestre/ fouisseur avec arboricole), etc. À ce stade, et pour pouvoir mener à bien un tel projet, je pense qu’il est raisonnable d’attendre d’avoir de l’expérience dans la maintien de chaque biotope, d’avoir compris les comportements génériques des espèces en question et d’être à l’aise avec les terrariums plantés.

La prise de renseignements

« Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson » —Confucius

On trouve sur Internet une multitude d’informations sur tout et rien (dont ce livret). Les livres vieillissent. Celui-ci n’échappera pas à cette règle. Les forums de discussions ont souvent des copier-coller d’une totale inutilité puisque les informations sont généralement issues de sites tel que Wikipédia, bien mieux référencés et mis à jour que le site sur lequel le copier est effectué.

Les éleveurs qui s’intéressent à une bête s’intéressent surtout à son maintien mais ne se posent pas les bonnes questions. Le travail implique de devoir « recommencer la recherche » à chaque bête potentiellement intéressante. Or, les seuls informations que l’éleveurs devrait avoir à chercher sont: l’origine, les proies, les moeurs et la taille adulte (et accessoirement le comportement générique à l’espèce).

L’origine permet de comprendre le biotope. Il suffit de se renseigner sur la météo et les changements de saisons de cette origine pour que toutes les espèces de la région demandent les mêmes paramètres ou presque. Pour ce faire, les sites météorologique et google suffisent. Avec le temps, on demande juste de quelle région l’espèce vient. Si on vous dit « désert de mojave » ou « guadeloupe » vous savez qu’il faudra dans le premier cas un terrarium aride avec un point chaud à maximum 30°C, un point froid à environ 20-25°C. Pour le second cas, ce sera plutôt humide, allant de 60 à 100% etc…

Les proies permettent de comprendre l’espèce. La plupart du temps, il s’agira de rongeur ou d’insecte (Opheodrys sp, entre autres), facile à maintenir et reproduire en captivité. Dans la majorité des cas, il permet surtout de savoir si l’animal a besoin d’une zone humide. C’est surtout le cas pour les espèces vivant en milieu aride: les serpents qui mangent des rongeurs dans ces zones ont tendance à être des chasseurs. Par conséquent, ils vont là où les proies vont. Ceci est également valable pour les serpents qui chassent à l’affût. En effet, leurs odorat développé permet de repérer les traces olfactives des proies et peuvent ainsi aller se placer sur le chemin, en ambuscade. Comprendre le mode de vie des proies permet donc de comprendre une partie du comportement de l’animal. Les rongeurs, en milieu aride, vivent dans des cavités plus fraiches et humides. Le bac de sphaigne humide sera donc mis dans le coin humide du terrarium.

Les moeurs et la taille adulte permettent de faire le bon choix de terrarium, le matériel, mais surtout les dimensions.

Je pense qu’il est utile de connaître au mieux l’animal maintenu. Beaucoup de personnes s’intéressent uniquement à son maintien et sa difficulté. Depuis quelque temps on assiste malgré tout à une règle qui veut qu’on ne mélange pas les localités d’une même espèce (ça fonctionne plus ou moins). Si les informations suffisent à maintenir l’espèce, il ne fera pas de vous un « expert » de l’espèce et ce, même si vous connaissez très bien les généralités. C’est là que les bonnes ressources sont nécessaires:

Wikipédia français/anglais offriront les informations de bases nécessaires à la compréhension de la famille et de l’espèce (origine donc biotope, taille, proies, éventuellement le comportement).

IUCN RedList permet de compléter les informations de Wikipédia, ou de les confirmer, il peut même le remplacer.

scholar.google.com offrira les informations « avancées » souvent scientifique

(écrit par des scientifiques, pour des scientifiques) mais qui feront de vous un presque-expert en matière de l’espèce.

HerpMapper offre de belles photos d’individus photographiés dans le milieu naturel permettant la réalisation du biotope.

FieldHerpForum complète toutes les données ci-dessus. Je me contente généralement des photographies.

Dendrogrove et Mybribri: les deux forums absolument pas destinés aux serpents mais offrant d’excellent conseils en terme de maintien de terrariums plantés et parfois de cohabitations. Ils sont les deux spécialisés dans les Dendrobatidae.

N’allez donc pas les déranger avec des questions de serpents, même si ils sont très ouvert d’esprit, respectons le but originel du forum 😉

La plupart des pays ont un site herpétologique offrant ou complétant la grande majorité des informations que l’on peut trouver dans tous les autres sites précités.

Des auteurs de renom, valeurs sûres écrivent des livres. Pas toujours facile à lire mais néanmoins de grandes valeurs informatives (surtout vrai des livres spécifiques à un domaine: toxicologie, familles de serpent précis.) Renseignez- vous malgré tout sur l’auteur du livre avant l’achat. (La chance, celui-ci est gratuit ;)).

L’observation

La dernière phase est l’observation de l’animal évoluant dans le terrarium. J’ai pour avis principale que ce dernier doit avoir un comportement se rapprochant au mieux des informations récoltées de ce que l’on trouve dans la nature. Si le comportement varie trop, c’est peut-être que le biotope est mal conçu. Par exemple, un serpent qui chasse, parcourant de grand territoire, ne doit pas être « léthargique ». C’est peut-être un problème de température.

Un serpent qui chasse à l’affût bougera peut-être le bout de sa queue comme un ver de terre, ou se mettra en position de S sur une branche, tête en bas. Certaines espèces restent cependant très immobiles (Python curtus, Cerastes sp, Bitis sp, etc.). Parfois similaire, parfois différent des comportements pourtant naturel peuvent apparaître dans des conditions spécifiques: préparation d’hibernation, de reproduction, etc.

N’hésitez pas à varier les méthodologies pour trouver celles qui vous conviennent. Pour ma part, je m’en sors en respectant au mieux (ou presque) le biotope et les règles « naturelles »: la corrélation entre la couleur de l’individu et son biotope. C’est ainsi que j’aime voir mes terrariums et évoluer mes bêtes. J’ai d’ailleurs remarqué pour mes Trimeresurus albolabris qu’il me suffit de déplacer d’un coin à l’autre ou d’enlever les feuilles vertes pour que leurs « coins favoris » dans le terrarium change radicalement. À vous d’observez cela pour vos bêtes et vous adapter le mieux possible. Je n’ai pas peur de sous- ou surcharger en décoration puis d’adapter pour trouver le juste milieu entre ma facilité d’accès aux bêtes (d’autant plus qu’elles sont venimeuses) et le comportement que je me plais à penser le plus naturel possible.

Avoir de bonnes connaissances sur beaucoup d’espèces ne fait pas de vous un expert en ophidien. Les serpents sont des êtres vivants. En cherchant ou non à recréer un biotope, on crée un « univers » vivant (surtout vrai pour les terrariums plantés). Cela ne signifie pas que vous n’êtes pas un bon, mais rare sont les éleveurs qui connaissent à la fois les espèces (y compris des espèces très rares), sachent différenciés certaines localités (les genres Echis et Trimeresurus sont des exemples frappant), connaissent les maladies, la génétique, éventuellement les aspects génétiques, etc. J’en connais…3 ou 4. sur plus de 700-800 éleveurs.

De plus, les années d’expérience, la quantité de bêtes maintenues, les individus maintenus, observés en herping ou qui vous a appris quoi ne représente absolument pas une quelconque garantie de connaissances ou compétences.

L’observation régulière peut se faire l’or de l’hydratation des serpents et/ou du biotope (terrarium planté, biotope tropical), du changement d’eau, du ramassage des déjections et permettra notamment de déceler des problèmes de santés. A ce sujet, et n’étant pas très bien placé pour en parler, sachez que certains livres vous permettront d’avoir quelques bases pour déceler les-dits problèmes, mais seul un vétérinaire pourra réellement vous renseignez et proposer des analyses propres et sérieuses. Evitez les réseaux sociaux dans ces cas là, vous risqueriez de ne pas ou trop vous inquiétez, chaque terrariophile allant de son petit avis/commentaire et ce peu importe ces années d’expériences.

Conclusion

La terrariophilie est un domaine fascinant. Et si vous êtes débutant, vous avez toutes les clefs en mains pour acquérir vos premiers serpents.

Si vous êtes fixés sur le fait que votre méthode est la seule qui soit juste, j’espère que vous avez maintenant une meilleure ouverture d’esprit.

Considérez les moins bons connaisseurs comme des gens qui peuvent tout de même vous apprendre quelque chose.

Quand vous voyez des choses « plutôt déconseillées » encouragez à donner une solution, mais ne forcez pas. Et si votre interlocuteur réplique, expliquez-lui simplement que c’est votre expérience, et ne donnez pas suite. L’animal n’est pas chez vous, et vous n’êtes pas chez lui.

Soyez humble. Etalez votre C.V de terrariophile ou d’herpétologue n’apportera rien d’autre qu’un gonflement totalement personnel de votre ego, qui se fera probablement tacler juste derrière.

Les messageries (Facebook, forum, etc.) sont sujets à interprétation. Ne vous « énervez pas » pour un message, vous ne connaissez pas le « ton » utilisé.

Ignorez les petites guéguerres des RACs, des mutations et j’en passe. Si vous ne cautionnez pas quelque chose, n’allez pas contre car au final, c’est vous qui vivez les émotions négatives. Si vous désirez quand même y aller, faite-le dans le respect.

La jalousie et la critique sont inutiles. Chaque personne a la bête qu’il a, la pièce d’élevage qu’il a. Soyez content pour lui, un jour vous ferez peut-être « affaire » ensemble. On est toujours le con d’un autre.

Une personne qui a moins d’expériences que vous à peut-être aussi quelque chose à vous apprendre. Respectez tout le monde.

Ne dénigrez pas les bêtes des autres. La plupart des éleveurs « forcent » les autres à aimer ce qu’ils aiment aussi pour ensuite se plaindre que tout le monde à la même chose. (Je trouve ça vraiment louche moi)

Rare ne signifie pas forcément recherché. Il n’y a donc aucune fierté à étaler. 🙂

Avant d’acquérir un animal, renseignez-vous sur la législation de votre pays afin d’éviter tout problème judiciaire suite à une quelconque détention illégale.

Pour un monde (de terrariophiles) meilleur.